Prenant la parole à l’Assemblée nationale à l’issue de l’adoption de la proposition de loi portant révision de la Constitution, le Premier ministre Ousmane Sonko a retracé les différentes étapes ayant conduit à cette réforme. Il a notamment soutenu que le texte adopté est l’aboutissement d’un processus engagé depuis plus de dix ans et a accusé le président Bassirou Diomaye Faye d’avoir écarté certaines dispositions qui figuraient pourtant parmi les engagements historiques de Pastef. Selon le chef du Gouvernement, la réforme constitutionnelle ne trouve pas son origine dans le récent dialogue politique, mais dans le projet politique porté par Pastef depuis sa création. « Les dispositions qui viennent d’être intégrées dans la Constitution ont traversé tout notre parcours politique, depuis nos engagements de 2014 jusqu’aux élections de 2024 », a-t-il déclaré devant les députés.
« Le dialogue a eu lieu »
Répondant aux critiques de l’opposition qui réclamaient de nouvelles concertations avant toute révision de la Constitution, Ousmane Sonko a affirmé que ce dialogue avait déjà eu lieu. Il a rappelé que le président de la République avait organisé un dialogue politique réunissant partis politiques, organisations de la société civile et diverses composantes nationales, dont étaient issues, selon lui, l’essentiel des dispositions examinées par les députés. « Pratiquement toutes les mesures contenues dans cette réforme proviennent des conclusions de ce dialogue », a-t-il insisté, estimant que continuer à réclamer de nouvelles concertations relevait davantage de la « diversion » que d’une nécessité institutionnelle.
Un long processus de rédaction
Le Premier ministre a ensuite détaillé les différentes étapes techniques ayant précédé le dépôt du texte devant l’Assemblée nationale. Après la remise du rapport du dialogue politique au chef de l’État, un comité d’experts composé de juristes et de spécialistes du droit aurait été mis en place pour transformer les recommandations en dispositions juridiques. Par la suite, Ousmane Sonko explique avoir reçu personnellement les projets de textes afin de constituer une nouvelle équipe de travail chargée de les affiner. Selon lui, cette commission a travaillé durant plusieurs mois, y compris pendant le mois de Ramadan, afin d’examiner chaque article. « Dire aujourd’hui que ces textes sont tombés du ciel relève de la désinformation », a-t-il lancé.
Des désaccords avec le président de la République
Le chef du Gouvernement a ensuite révélé l’existence de divergences avec le président Bassirou Diomaye Faye au moment de la finalisation du projet. Selon Ousmane Sonko, le chef de l’État aurait retiré plusieurs dispositions issues du dialogue politique et des travaux des experts. Parmi les points évoqués figurent notamment l’obligation pour le président de la République de déclarer son patrimoine à la fin de son mandat ainsi que l’interdiction pour le chef de l’État de cumuler ses fonctions avec la présidence d’un parti politique. Pour le Premier ministre, ces engagements faisaient partie intégrante du projet porté par Pastef depuis plus d’une décennie. « Au nom de quoi une seule personne peut-elle décider de conserver certaines dispositions et d’en supprimer d’autres simplement parce qu’elles lui conviennent ou non ? Cela est inadmissible », a-t-il déclaré. Cette intervention marque une nouvelle étape dans les divergences désormais assumées entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye sur le contenu de la réforme constitutionnelle adoptée par l’Assemblée nationale.





