Je ne suis pas déçue du Sénégal.
Je suis fière. Profondément fière de ma patrie.
Ma déception ne vise ni les Lions, ni le drapeau, ni cette équipe qui s’est battue avec cœur, discipline et foi. Elle s’adresse à ceux dont la mission est de protéger le football et d’en garantir l’équité.
Je le dis sans détour : je suis fière du Sénégal.
Fière de nos Lions, fière de cette sélection qui n’a jamais triché avec l’engagement, et fière d’un parcours que personne ne pourra réduire à une simple polémique.
D’abord, respect au sélectionneur Pape Thiaw.
Il a fait preuve de courage. Celui de tenir la barre dans un contexte de pression extrême, de tensions multiples et de jugements hâtifs. Être entraîneur, ce n’est pas seulement aligner un système de jeu ; c’est incarner une colonne vertébrale, maintenir un cap et protéger un groupe. Sur ce plan, il a répondu présent.
Ensuite, Sadio Mané.
Le leadership, le vrai, se mesure dans l’attitude. Rester concentré, maintenir l’équilibre, porter le collectif et protéger l’équipe dans les moments critiques. Il a été un repère constant, un capitaine dans le comportement, le mental et le respect du maillot.
Je tiens à le souligner clairement : joueurs et encadreurs ont fait preuve de patriotisme.
Nous avons vu une équipe solidaire, disciplinée, engagée, jouant pour le Sénégal et non pour des intérêts individuels. Cette loyauté mérite le soutien et la reconnaissance de toute la nation.
Je salue également l’implication des anciens, notamment El Hadj Diouf.
Lorsque les générations se parlent, se conseillent et se soutiennent, le football sénégalais gagne en profondeur et en continuité. Le Sénégal est plus fort quand ses mémoires et son présent avancent ensemble.
Un mot pour les supporters sénégalais.
Ceux du stade, de la diaspora, des quartiers, ceux qui ont prié, chanté, pleuré et vibré. Vous êtes le véritable douzième homme. Présents dans la joie comme dans l’injustice, fidèles même quand la douleur s’invite.
Je n’oublie pas non plus les autorités sénégalaises, dont l’implication et la présence ont été visibles. Le sport dépasse le cadre du terrain : il est image, cohésion et fierté nationale.
Je veux également féliciter Mme Khady Diène Gaye, ministre des Sports.
Première femme à occuper ce poste au Sénégal, elle accompagne une victoire continentale majeure. Le symbole est fort : il parle de compétence, de rigueur et de la capacité des femmes à porter des succès nationaux dans tous les secteurs.
Cela dit, une mise au point s’impose.
Je vois certains journalistes, consultants autoproclamés et pages dites expertes s’acharner sur Pape Thiaw, comme si le contexte n’existait pas, comme si tout se résumait à deux changements tactiques et quelques phrases en conférence de presse.
Analyser et critiquer, oui. Démolir un homme qui a tenu l’équipe dans la tempête, non. On ne bâtit pas une nation sportive en sacrifiant ses entraîneurs à la première controverse. Soyons exigeants, mais restons justes.
Dans le même esprit, la communication du président de la FIFA, Gianni Infantino, m’a profondément interpellée.
Un ton dur, presque moralisateur, qui désigne sans réellement interroger l’essentiel : l’équité de l’arbitrage, la gestion des tensions, la sécurité et la responsabilité des instances. Diriger le football mondial, ce n’est pas seulement condamner ; c’est aussi protéger le jeu et apaiser les crises.
Cette CAN 2025 nous rappelle une chose : le football africain mérite plus de respect, plus de justice et plus de cohérence. Il est trop grand pour les dérives et les scénarios confus. Nous aimons le football, mais nous aimons aussi la dignité.
Enfin, j’adresse un appel clair aux autorités sénégalaises :
Ramenez nos supporters.
Ils doivent être accompagnés, protégés, assistés et rapatriés dans des conditions dignes. Personne ne doit être laissé loin de chez lui après avoir porté le drapeau national.
Je termine sur une note personnelle.
Cette CAN 2025 est la première que je vis sans mon père, parti en juillet dernier. Mon ami, mon repère, mon compagnon de toujours dans les analyses de match. Aujourd’hui, la coupe est là, mais il reste une place vide dans mon cœur. Je sais pourtant qu’il aurait souri, débattu, analysé chaque action avec passion. Et je sais surtout qu’il aurait été fier du Sénégal.
Le Sénégal debout.
Toujours.
— Doomou PA’ASS





